Data centers militaires : le Pentagone accélère le déploiement de l'IA sur ses bases
Les forces armées américaines intensifient la construction de centres de données dédiés à l'intelligence artificielle sur leurs bases à travers les États-Unis. Ce programme, qui repose sur un partenariat public-privé, vise à préserver l'avantage technologique américain face à des concurrents comme la Chine, mais soulève des interrogations au Congrès sur ses conséquences environnementales et énergétiques.
Un partenariat public-privé pour renforcer les capacités militaires
Le département de la Défense américain cherche à accroître sa puissance de calcul pour développer des technologies reposant sur l'intelligence artificielle, notamment les essaims de drones. Pour ce faire, l'armée ouvre progressivement ses terrains à des opérateurs privés de centres de données. Au moins douze sites militaires ont été proposés à des entreprises au cours des dix-huit derniers mois.
Deux projets sont déjà à un stade avancé. Le fonds d'investissement Carlyle doit développer un centre sur 560 hectares à Fort Bliss, au Texas, tandis que l'entreprise CyrusOne a été sélectionnée pour un terrain d'environ 1 400 hectares à Dugway, dans l'Utah. Chaque infrastructure représenterait un investissement d'environ 2 milliards de dollars.
Un modèle fondé sur l'échange de capacités de calcul
Le principe repose sur un accord de mise à disposition. Les entreprises privées financent, construisent et exploitent les centres de données, tandis que l'armée leur fournit l'accès à ses terrains et bénéficie en retour d'une partie de la puissance de calcul.
« L'IA est un atout stratégique pour l'Armée », a déclaré Dan Driscoll, secrétaire à l'Armée de terre, estimant qu'elle « décuple la force » et permet aux forces américaines de « garder l'avantage sur leurs adversaires ».
Le futur centre de Fort Bliss doit devenir, selon lui, « le premier centre de données à très grande échelle jamais construit par le Pentagone ».
Une accélération impulsée par un décret présidentiel
Ce programme s'est accéléré l'an dernier après un décret de Donald Trump demandant aux autorités d'identifier des terrains adaptés au déploiement d'infrastructures d'IA sur les bases militaires. Le texte chargeait également l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) et le Conseil de la Maison-Blanche sur la qualité de l'environnement de faciliter ces constructions.
Des inquiétudes croissantes au sein des communautés locales et du Congrès
Ce déploiement suscite des préoccupations chez les populations riveraines, notamment en raison de la consommation importante d'eau et d'électricité de ces infrastructures. Le colonel John Oliver a assuré que l'armée entendait dialoguer avec les communautés locales : « Nous faisons partie intégrante des communautés locales et nous allons dialoguer régulièrement avec elles afin de trouver des solutions qui conviennent à tous. »
Au Congrès, des élus des deux camps politiques s'interrogent sur la pertinence d'implanter ces centres sur des bases militaires. Le démocrate John Garamendi a notamment déclaré : « La question se pose de savoir s'ils devraient être situés sur des bases militaires. La réponse à cette question peut être oui, peut être non. »
Quelles sont les propositions de contrôle discutées au Congrès ?
Les propositions actuellement examinées ne visent pas à interdire ces constructions, mais à imposer davantage d'études et de transparence sur la consommation d'eau et d'énergie, ainsi que sur les conséquences environnementales pour les communautés voisines.
Le républicain Pat Harrigan juge ces initiatives de contrôle « bien intentionnées », mais potentiellement contre-productives. Il propose plutôt d'imposer au Pentagone des rapports annuels sur l'impact de ces infrastructures : « Je ne pense pas que cet amendement finisse par protéger nos bases ou nos communautés. Je pense qu'il ne fait que les noyer sous la paperasserie. »
La concurrence chinoise comme facteur d'accélération
Un responsable de l'armée, s'exprimant sous couvert d'anonymat, estime que de nouvelles contraintes pourraient décourager les entreprises privées de participer aux projets et ralentir les États-Unis dans la course aux capacités d'IA face à la Chine. L'armée chinoise construit également ses propres centres de données, mais ceux-ci sont entourés du plus grand secret militaire.
Quel équilibre entre innovation et acceptabilité locale ?
Ce dossier illustre la tension entre la nécessité de maintenir une supériorité technologique et les impératifs de transparence et d'acceptabilité sociale. Les autorités militaires devront concilier ces exigences pour mener à bien un programme jugé stratégique pour la sécurité nationale.